Frais kilométriques en auto-entrepreneur : pourquoi vous ne pouvez pas les déduire
Jean-François Regheere · 13 août 2026 · 4 min de lecture

En micro-entreprise, vous ne pouvez pas déduire vos frais kilométriques. Ni au barème, ni au réel, ni d'aucune autre manière. Ce n'est pas une question de justificatifs manquants ou de méthode : le régime micro repose sur un abattement forfaitaire qui est réputé couvrir l'ensemble de vos charges, frais de véhicule compris. Y ajouter quoi que ce soit reviendrait à les compter deux fois.
Ce n'est pas une question de justificatifs
C'est la source de malentendu la plus fréquente, et elle envoie beaucoup de monde constituer des dossiers qui ne serviront à rien.
Un micro-entrepreneur déclare son chiffre d'affaires brut, sans en retrancher la moindre dépense. L'administration applique ensuite elle-même un abattement, et c'est cet abattement — pas vos factures — qui représente vos charges. Le mécanisme ne prévoit tout simplement pas d'endroit où inscrire un frais.
Autrement dit, même avec un carnet de bord irréprochable et un relevé au kilomètre près, il n'y a rien à déduire. Le calcul n'attend pas votre contribution.
L'abattement, et ce qu'il est censé couvrir
Le taux dépend de la nature de l'activité :
| Activité | Abattement |
|---|---|
| Vente de marchandises, fourniture de logement | 71 % |
| Prestations de services relevant des BIC | 50 % |
| Prestations de services BNC et professions libérales | 34 % |
Ce pourcentage s'applique quel que soit votre niveau réel de dépenses. Il couvre le loyer, le matériel, l'assurance, les logiciels, les déplacements — tout. Un consultant qui ne quitte jamais son bureau et un consultant qui roule 20 000 km par an bénéficient exactement du même abattement, au même taux.
C'est le marché du régime micro : une simplicité radicale, payée par l'absence de finesse.
« Je passerai aux frais réels » — ce que cela veut vraiment dire
Beaucoup de micro-entrepreneurs emploient cette phrase en pensant à l'option des salariés. Ce n'est pas la même chose.
Un salarié peut renoncer à l'abattement de 10 % pour déclarer ses frais réels, tout en restant salarié. Un micro-entrepreneur, lui, ne peut pas « passer aux frais réels » en restant au micro. Déduire ses charges suppose de quitter le régime micro pour un régime réel — avec ce que cela implique : comptabilité complète, bilan, et le plus souvent un expert-comptable.
Ce n'est pas une case à cocher, c'est un changement de régime. Il peut être parfaitement justifié — voir plus bas — mais il se décide, il ne s'improvise pas au moment de la déclaration.
Ce que vous pouvez faire : refacturer au client
Voilà la voie qui existe réellement, et elle est souvent sous-utilisée.
Rien ne vous empêche de facturer vos frais de déplacement à votre client, en plus de votre prestation. C'est courant, c'est légitime, et cela suppose seulement de pouvoir les détailler : date, trajet, distance, motif.
Un piège cependant, et il est de taille : cette refacturation est du chiffre d'affaires. Elle entre dans votre CA déclaré, elle est donc soumise à cotisations sociales, et elle compte dans les seuils du régime micro. Refacturer 100 € de déplacement ne vous rapporte pas 100 € nets — et rapproche mécaniquement votre activité du plafond.
La conclusion pratique n'est pas de renoncer, mais d'en tenir compte dans le prix. Un déplacement refacturé au coût exact vous coûte de l'argent.
Si vous êtes aussi salarié
Le cas est très répandu — une micro-entreprise menée à côté d'un emploi — et il provoque une confusion tenace.
Les deux revenus vivent dans deux mondes séparés. Sur votre salaire, vous pouvez opter pour les frais réels et y déduire vos déplacements professionnels de salarié, au barème kilométrique. Sur votre chiffre d'affaires de micro-entrepreneur, vous ne déduisez rien, quel que soit le choix fait par ailleurs.
Un même trajet ne peut évidemment relever que d'une seule activité. Et les déplacements effectués pour votre clientèle personnelle restent hors du champ des frais réels de salarié : ils ne se rattachent pas à votre emploi.
Quand le micro cesse d'être avantageux
C'est la vraie question derrière « comment déduire mes frais kilométriques ».
L'arbitrage est arithmétique : le régime micro est avantageux tant que vos charges réelles restent inférieures à l'abattement. Une profession libérale au taux de 34 % dont les charges réelles atteignent 45 % du chiffre d'affaires paie de l'impôt sur un bénéfice qu'elle n'a pas réalisé.
Or pour quelqu'un qui se déplace beaucoup, le poste véhicule est souvent la charge la plus lourde — devant le matériel, souvent devant tout le reste. C'est donc précisément la ligne qui fait basculer le calcul.
Le problème : pour comparer, il faut connaître ses charges réelles. Et les frais kilométriques d'une année écoulée ne se reconstituent pas de mémoire.
Pourquoi noter ses trajets malgré tout
Trois raisons, dans l'ordre d'importance :
- Pour décider en connaissance de cause. Sans relevé, la comparaison micro/réel se fait au doigt mouillé. Avec, elle se calcule.
- Pour refacturer proprement. Un client accepte volontiers des frais de déplacement détaillés ; beaucoup moins un montant rond sans justification.
- Pour ne pas repartir de zéro. Le jour où vous changez de régime, la déduction commence — mais seulement pour les trajets que vous saurez prouver.
Notre modèle de tableau Excel suffit largement à cet usage, et il est gratuit. Le calculateur de frais kilométriques vous donnera l'ordre de grandeur de ce que représenteraient vos déplacements au barème — utile pour l'arbitrage, même si vous ne pouvez pas encore le déduire.
Pour les autres statuts, voir Frais kilométriques : ce que votre statut change. Pour les montants du barème lui-même, Barème kilométrique 2026.
Ce texte est un repère, pas un avis fiscal : le choix d'un régime se décide avec votre expert-comptable.
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