Frais kilométriques en profession libérale : barème ou frais réels ?
Jean-François Regheere · 13 août 2026 · 5 min de lecture

En profession libérale relevant des bénéfices non commerciaux, vous pouvez opter pour le barème kilométrique plutôt que de déduire vos frais réels de véhicule. Mais cette option se prend dès le 1er janvier, pour l'année entière et pour l'ensemble de vos véhicules professionnels. Vous devez donc choisir avant de savoir laquelle des deux méthodes vous sera la plus favorable.
Une option qui se prend au 1er janvier, pas en avril
C'est la contrainte que presque personne ne mentionne, et c'est celle qui structure tout le reste.
L'option pour l'évaluation forfaitaire s'exerce au 1er janvier, et vaut pour l'exercice entier. On ne la découvre pas au moment de remplir sa 2035, en comparant tranquillement les deux totaux. À cette date, le choix est déjà fait — par défaut si vous n'y avez pas pensé.
La conséquence pratique est inconfortable : le calcul qui départage barème et frais réels ne peut être fait qu'en fin d'année, quand on connaît son kilométrage et ses dépenses. Mais la décision, elle, se prend douze mois plus tôt.
Il n'y a qu'une façon de sortir de cette contradiction : tenir les deux comptabilités en parallèle pendant l'année — le relevé des kilomètres d'un côté, les factures de l'autre. C'est fastidieux, et c'est pourtant la seule manière de décider sur des chiffres plutôt que sur une intuition. L'année suivante, vous saurez.
Annuelle et globale : ce que cela interdit
L'option est globale. Elle vaut pour tous les véhicules utilisés à titre professionnel, pas pour celui que vous auriez choisi.
Concrètement, on ne panache pas. Si vous utilisez une voiture récente et un scooter ancien, vous ne pouvez pas appliquer le barème à l'une et les frais réels à l'autre au titre du même exercice. C'est l'un ou l'autre, pour l'ensemble.
Elle se reconsidère chaque année en revanche : rien ne vous engage au-delà de l'exercice en cours. Un changement de véhicule ou de volume de déplacements peut légitimement faire basculer le choix d'une année sur l'autre.
Le barème couvre l'amortissement — et la conséquence est large
Le barème est réputé couvrir la dépréciation du véhicule, l'entretien et les réparations, les pneumatiques, le carburant et les primes d'assurance.
Le mot important est dépréciation. Le barème intègre l'amortissement normal du véhicule. Il en découle une règle stricte : tant que vous appliquez le barème, aucun amortissement ni aucune dépense couverte par lui ne peut être déduit en plus, et cela quel que soit le statut du véhicule — inscrit au registre des immobilisations ou conservé dans votre patrimoine privé — et quel que soit son mode de financement.
Autrement dit, inscrire le véhicule au registre ne vous donne pas un avantage supplémentaire côté charges si vous êtes au barème. La question de l'inscription se joue ailleurs.
Registre des immobilisations ou patrimoine privé
C'est la décision de structure, et elle a des effets qui dépassent l'année en cours.
Inscrire le véhicule au registre le fait entrer dans votre patrimoine professionnel. Deux conséquences : les intérêts de l'emprunt contracté pour son acquisition deviennent déductibles, même au barème — mais sa cession relèvera du régime des plus-values professionnelles. Le registre doit d'ailleurs mentionner les amortissements nécessaires au calcul de cette plus-value le jour venu.
Le conserver dans votre patrimoine privé vous prive de la déduction des intérêts, mais laisse la revente hors du champ professionnel.
Pour un bien à usage mixte, professionnel et personnel, c'est la part correspondant à l'usage professionnel qui est prise en compte.
Ce choix ne se rattrape pas facilement, et ses effets se mesurent à la revente, pas au moment de la déclaration. C'est typiquement le point à trancher avec votre expert-comptable plutôt qu'à l'instinct.
Ce qui reste déductible en plus
Même au barème, trois postes s'ajoutent, sur justificatifs :
- les frais de garage et de stationnement, pour leur part professionnelle — parcmètres, parkings de courte ou longue durée ;
- les intérêts d'emprunt, si le véhicule est inscrit au registre des immobilisations ;
- les réparations accidentelles à caractère exceptionnel, qui sortent de l'entretien courant couvert par le barème.
Les péages relèvent de la même logique que le stationnement : ils ne sont pas dans le forfait.
Location et crédit-bail
Un véhicule loué ou pris en crédit-bail ouvre droit au barème, dès lors que vous supportez les charges du véhicule.
Attention à la contrepartie : les loyers ne sont alors pas déductibles en plus. Le barème est réputé les couvrir au même titre que la dépréciation d'un véhicule dont vous seriez propriétaire. Déduire à la fois le barème et les loyers reviendrait à compter deux fois le même coût.
Sur des loyers élevés et un kilométrage faible, les frais réels sont souvent plus favorables. Sur un kilométrage important, c'est fréquemment l'inverse. Là encore, seul le calcul tranche.
Comment trancher, concrètement
L'arbitrage tient en une phrase : le barème est favorable quand vous roulez beaucoup pour un véhicule peu coûteux ; les frais réels le sont quand le véhicule coûte cher et roule peu.
Un véhicule récent, financé à crédit ou en location, avec un kilométrage professionnel modeste, plaide pour les frais réels. Un véhicule amorti, possédé depuis des années, qui parcourt des dizaines de milliers de kilomètres professionnels, plaide pour le barème.
Entre les deux, il faut calculer. Le calculateur de frais kilométriques vous donne le montant au barème en quelques secondes ; il ne reste qu'à le comparer au total de vos dépenses réelles.
Ce qu'il faut conserver
Quelle que soit la méthode retenue, le détail derrière le total est le même : date, motif professionnel formulé précisément, lieux de départ et d'arrivée, distance.
Et puisque le choix se prend en janvier pour être vérifié en décembre, mieux vaut que ce relevé existe dès le premier trajet de l'année. Notre modèle de tableau Excel reprend les colonnes attendues, et il est gratuit.
Pour les autres statuts, voir Frais kilométriques : ce que votre statut change. Pour les montants et les tranches du barème, Barème kilométrique 2026.
Ce texte est un repère, pas un avis fiscal : l'inscription au registre comme le choix de méthode se décident avec votre expert-comptable.
Vos frais kilométriques, sans le tableau à remplir
Kilomo enregistre vos déplacements, calcule les distances à partir des adresses et produit l'état de frais que votre comptable attend.