Trajet domicile-travail : la limite des 40 km, et ce qu'elle change

Jean-François Regheere · 18 août 2026 · 5 min de lecture

Deux trajets au départ du même domicile : l'un plafonné à 40 km, l'autre non.

Le trajet entre votre domicile et votre lieu de travail habituel se déduit dans la limite de 40 kilomètres aller, à raison d'un seul aller-retour par jour. Au-delà de cette distance, la déduction n'est acquise que si vous justifiez de circonstances particulières ; à défaut, elle est ramenée aux quarante premiers kilomètres. Et si c'est une société qui vous rembourse, la règle n'est plus du tout la même.

Ce n'est pas un déplacement professionnel

C'est la confusion d'origine, et elle explique tout le reste.

Un déplacement professionnel — un rendez-vous client, un chantier, une livraison — est un frais engagé pour l'activité. Il se déduit intégralement, sans plafond de distance, et son remboursement par une société est exonéré.

Le trajet domicile-travail, lui, relève d'un régime distinct. L'administration considère qu'il est inhérent à la fonction ou à l'emploi jusqu'à une certaine distance, et pas au-delà. Ce n'est pas une nuance de vocabulaire : les deux ne se déduisent pas de la même façon, et ne se remboursent pas du tout de la même façon.

Toute la difficulté vient de ce qu'ils partent souvent du même endroit — chez vous — et se font avec le même véhicule.

La limite : 40 kilomètres aller

Jusqu'à 40 kilomètres entre le domicile et le lieu de travail, la déduction s'opère sans avoir à justifier de quoi que ce soit. La distance est réputée normale, et le calcul se fait au barème comme pour n'importe quel trajet.

Attention au sens de la mesure : la limite porte sur l'aller, pas sur l'aller-retour. Habiter à 38 kilomètres de son bureau et faire l'aller-retour quotidiennement reste entièrement déductible, bien qu'on parcoure 76 kilomètres par jour.

Au-delà de 40 kilomètres, l'éloignement doit se justifier. Sinon, la déduction est ramenée aux quarante premiers kilomètres — et pas en supprimant l'excédent, mais par une règle de trois sur le total des frais. Pour 75 kilomètres de trajet et 4 500 € de frais engagés dans l'année, la déduction admise est de 4 500 × 40/75, soit 2 400 €.

La même règle vaut pour un professionnel imposé dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, avec la même proratisation.

Ce qui justifie d'habiter plus loin

L'administration ne dresse pas de liste fermée, et elle admet un éventail plus large qu'on ne l'imagine. Sont notamment reconnus :

  • la difficulté de trouver un emploi à proximité du domicile ;
  • la précarité ou la mobilité de l'emploi occupé ;
  • une mutation professionnelle ;
  • l'activité professionnelle du conjoint, qui fixe le lieu de vie ailleurs ;
  • l'état de santé de l'intéressé ou d'un membre de sa famille ;
  • la scolarisation des enfants ;
  • un écart significatif du coût du logement entre les deux zones.

Ce qui n'est pas admis, c'est la convenance personnelle pure. Autrement dit : le motif doit exister et pouvoir s'exposer, pas nécessairement être héroïque.

En pratique, il faut joindre à la déclaration une note explicative précisant les raisons de cet éloignement. Ce n'est pas un formulaire, c'est un paragraphe — mais il doit être écrit.

Un seul aller-retour par jour

Point souvent ignoré : la déduction ne porte que sur un seul aller et retour quotidien.

Rentrer déjeuner chez soi ne double pas le kilométrage déductible. Un second trajet ne s'admet que sur justification — problème de santé, personne dépendante au domicile, impossibilité de se restaurer à proximité du lieu de travail — et la preuve incombe à celui qui le déduit.

Si c'est votre société qui vous rembourse

Changement complet de terrain, et c'est le point le plus mal connu.

Un déplacement professionnel remboursé au barème est un remboursement de frais : exonéré. Le trajet domicile-travail n'est pas un frais professionnel, et son remboursement relève d'un dispositif propre, autrement plus étroit :

  • la prise en charge des abonnements de transports publics est obligatoire à hauteur de 50 %, et exonérée ;
  • pour la voiture personnelle, il existe une « prime de transport », facultative et sous conditions : elle suppose que votre résidence ou votre lieu de travail se situe hors d'une zone desservie par les transports collectifs, ou que vos horaires imposent le véhicule ;
  • cette prime est plafonnée annuellement, et le plafond est bas : pour un véhicule thermique, il correspond à moins de 500 kilomètres au barème sur l'année. Un aller-retour quotidien de 18 kilomètres en représente près de 4 000.

Le forfait mobilités durables, souvent cité, ne couvre pas la voiture personnelle thermique : il vise le vélo, le covoiturage, l'autopartage électrique.

Au-delà de ces plafonds, ou hors de ces conditions, l'exonération tombe : le versement redevient un supplément de rémunération, soumis à cotisations et à l'impôt. C'est exactement le mécanisme décrit dans Indemnités kilométriques du dirigeant.

Cas particulier des gérants majoritaires et des EURL : les remboursements de frais reçus sont ajoutés à la rémunération, à charge pour l'intéressé de déduire ensuite ses frais réels — la limite des 40 kilomètres s'applique donc à eux aussi, par ce détour.

Ce que ça donne, selon votre situation

Votre casLe trajet domicile-travail
Salarié aux frais réelsdéductible, 40 km aller, un aller-retour par jour
Profession libérale (BNC)même règle, même proratisation au-delà
Entreprise individuelle (BIC)même règle, mais le barème kilométrique ne vous est pas ouvert
Micro-entrepriserien n'est déductible : l'abattement couvre tout
Société qui remboursepas un frais professionnel — prime de transport, sous conditions et plafonnée

Pour le détail par statut, voir Frais kilométriques : ce que votre statut change.

Pourquoi Kilomo n'enregistre pas ces trajets

Autant le dire franchement, puisque c'est un choix et non un oubli.

Kilomo produit un état de frais : un document de remboursement, destiné à justifier des déplacements professionnels. Le trajet domicile-travail n'y a pas sa place — l'y faire figurer, c'est précisément ce qui fait requalifier un remboursement en salaire.

Le carnet ne propose donc pas de classer un trajet comme « domicile-bureau ». Il couvre les déplacements professionnels, et le dit. Pour la part domicile-travail de votre déclaration de revenus, c'est votre déclaration elle-même — et votre expert-comptable — qui font foi.

Si vous voulez malgré tout tenir le compte de ces kilomètres pour votre déclaration personnelle, notre modèle de tableau Excel s'y prête, et le calculateur de frais kilométriques donne le montant au barème pour une distance et une puissance fiscale données.

L'essentiel

Quarante kilomètres à l'aller, un aller-retour par jour, et une note explicative au-delà. C'est simple à retenir, et c'est ce qui sépare une déduction acquise d'une déduction discutée.

Le reste — le barème lui-même, les tranches, la majoration électrique — est traité dans Barème kilométrique 2026.

Ce texte est un repère, pas un avis fiscal : votre situation particulière se tranche avec votre expert-comptable.

Vos frais kilométriques, sans le tableau à remplir

Kilomo enregistre vos déplacements, calcule les distances à partir des adresses et produit l'état de frais que votre comptable attend.